Manifeste de résistance

 
Youssef Aschkar, mise en ligne : mercredi 26 janvier 2005

Les Néo-conser­va­teurs cons­ti­tuent une menace exis­ten­tielle. Il incombe à toute l’huma­nité de leur résis­ter pour sa pro­pre sur­vie.

Un nom­bre infini de pro­cès cri­mi­nels contre les Néo-conser­va­teurs devraient être amor­cés par leurs vic­ti­mes : cel­les du 11 sep­tem­bre et cel­les de la soi-disant guerre contre le ter­ro­risme qui s’annonce per­pé­tuelle et que les Néos mènent dans le men­songe et le crime. Ce pro­cès plu­riel devrait conduire à une enquête plu­rielle sur ce men­songe et, sur­tout, sur ses fina­li­tés cri­mi­nel­les qui consis­tent à rame­ner l’huma­nité à la bar­ba­rie.

Cette enquête serait à la fois le point de départ et le pro­ces­sus de la résis­tance à cette menace.

Ce site se pro­pose un foyer de pro­mo­tion de cette option de résis­tance, et un appel aux résis­tants de s’unir pour cette prio­rité, avant que la course à l’abîme ne devienne irré­ver­si­ble.

I

L’orga­ni­sa­tion secrète, qui a pris le pseu­do­nyme de Néo-conser­va­teurs, cons­ti­tue une menace exis­ten­tielle pour les États-Unis et pour le reste du monde. Il incombe à toute l’huma­nité de résis­ter à cette menace pour sa pro­pre sur­vie.

Quelle est la nature de cette menace, quel­les sont ses expres­sions et moyens et com­ment lui oppo­ser une résis­tance effi­cace qui puisse échapper à l’engre­nage de vio­lence sui­ci­daire que cette orga­ni­sa­tion ali­mente dans les deux camps.

II

Les mobi­les majeurs de cette orga­ni­sa­tion ne sont pas économiques mais fon­ciè­re­ment idéo­lo­gi­ques. Ses fina­li­tés ne sont pas la domi­na­tion ou l’exploi­ta­tion clas­si­ques, mais un pou­voir suprême et exclu­sif qui se sub­sti­tue aux ins­ti­tu­tions, et tend à l’élimination des « Autres », aux E.U. en pre­mier lieu. Son pro­jet ini­tial n’est pas de type impé­rial conven­tion­nel, mais de nature apo­ca­lyp­ti­que. Une apo­ca­lypse anti­ci­pée et par­ti­cu­lière où cette orga­ni­sa­tion s’arroge le droit de s’impo­ser comme Juge Suprême. Son Jugement hor­ri­ble a com­mencé à la veille du 11 sep­tem­bre, ce crime par­fait prévu pour pro­lon­ger sa per­fec­tion dans l’espace et le temps.

La nature de leur guerre se défi­nit par une « guerre d’idées », celle de la « des­truc­tion créa­trice ». Elle per­met­tra à ce Juge Suprême de démo­lir le monde et de le recréer à sa mons­trueuse image.

La démo­li­tion consiste à faire table rase des acquis de la civi­li­sa­tion : lois et léga­lité, rai­son humaine et esprit cri­ti­que, droit de l’homme, liberté, sou­ve­rai­neté, dignité humaine, jus­tice, res­pon­sa­bi­lité civi­que et humaine, com­pas­sion, espoir, etc., qui sont, pour les Néo-conser­va­teurs, des valeurs, concepts et ins­ti­tu­tions à démo­lir et non seu­le­ment à igno­rer. Par prin­cipe ini­tial et non par besoin de cir­cons­tance. Les trois der­niè­res années témoi­gnent de l’appli­ca­tion de ce prin­cipe. Le bafouage des conven­tions, des trai­tés, des orga­ni­sa­tions inter­na­tio­na­les et de tous les espa­ces de sou­ve­rai­neté en est la démons­tra­tion.

Pour cette orga­ni­sa­tion, tous les acquis de notre huma­nité devraient céder pour faire place à la nou­velle charte dic­tée par les Néo-Juges Suprêmes. Le Nouvel Ordre Mondial ne se contente pas de domi­ner et de régler les rela­tions inter­na­tio­na­les au niveau des États. Il est tota­li­taire : il se révèle un nou­vel ordre de l’homme, des socié­tés, de la foi, de la pen­sée et des diver­ses acti­vi­tés humai­nes. Bref, de la vie et de ses expres­sions. La mon­tée en puis­sance des extré­mis­mes, des inté­gris­mes agres­sifs, des xéno­pho­bies, des ins­tincts, de la peur et de la haine sont les signes avant-cou­reurs de cet ordre et de ses prin­ci­pes fon­da­men­taux.

L’huma­nité, pri­vée des acquis de la civi­li­sa­tion, se retrou­vera sans défense. Alors que, nan­tie du « bagage » du nou­vel ordre tota­li­taire et four­nie de l’arse­nal des nou­vel­les armes, elle se livrera à la des­truc­tion et l’auto­des­truc­tion. Elle mena­cera sa pro­pre sécu­rité phy­si­que, met­tant sa sur­vie en cause. La « des­truc­tion créa­trice » du nou­vel ordre s’annonce sui­ci­daire.

III

Engager un pro­cès cri­mi­nel contre ces mons­tres et leur orga­ni­sa­tion est une obli­ga­tion prio­ri­taire. Ce pro­cès devrait se tra­duire par un nom­bre infini de pro­cès enta­més par les vic­ti­mes du 11 sep­tem­bre et par les autres vic­ti­mes réel­les et poten­tiel­les de ce crime qui se pour­suit et se mul­ti­plie, depuis cette date fati­di­que, sous le cou­vert et par le moyen de la soit-disant « guerre contre le ter­ro­risme ». Et, étant donné que cette guerre est à ses débuts et menace cha­que citoyen du monde, l’huma­nité entière est en droit, voire en devoir de pour­sui­vre en jus­tice cette orga­ni­sa­tion et ses mem­bres. Ce serait le pro­cès du siè­cle, mené contre les cri­mi­nels du siè­cle et de l’his­toire, par toute une huma­nité qui se refuse à la « fin de l’his­toire ».

IV

Ce pro­cès plu­riel devrait mener à une enquête plu­rielle qui peut com­men­cer par une tri­ple enquête :
- la pre­mière, sur les Néo-conser­va­teurs, la genèse et l’his­to­ri­que de leur orga­ni­sa­tion et de ses réseaux, et les acti­vi­tés secrè­tes qu’ils ont menées, des décen­nies durant, et mènent tou­jours, aux E.U. et dans le monde ;
- la seconde, sur la nature de leur pro­jet et ses fina­li­tés apo­ca­lyp­ti­ques sus-men­tion­nées.
- la troi­sième, sur les consé­quen­ces désas­treu­ses de leur pro­jet aux E.U. et dans le monde : cel­les déjà subies aux trois der­niè­res années, et cel­les pré­vues dans l’ave­nir, qui seront immen­su­ra­bles si ce pro­jet est mené à son terme.

Cette enquête serait à la fois le point de départ et le pro­ces­sus de la résis­tance. Elle sera l’Enquête du siè­cle sur le Procès du siè­cle.

V

Pourquoi ce recours à l’Enquête comme pro­ces­sus de résis­tance ? Pour des rai­sons d’ordre pra­ti­que, et pour des rai­sons de prin­cipe.

Sur le plan pra­ti­que, seule une Enquête de cette enver­gure rap­por­te­rait les cho­ses aux faits, face à d’édifice de men­songe qui fait actuel­le­ment ravage, et ren­drait l’huma­nité cons­ciente de la por­tée de cette menace exis­ten­tielle. Elle devrait ren­dre cha­que citoyen du monde essen­tiel­le­ment concerné, et abou­tir à une coa­li­tion mon­diale d’États et de socié­tés contre cette menace.

L’Enquête, par-des­sus tout, vise le talon d’Achille des Néo-conser­va­teurs et menace leur pou­voir. Celui-ci pro­vient de deux sour­ces : la puis­sance des E.U. sur laquelle les Néos ont fait main-mise, et l’édifice de men­songe qu’ils ont méti­cu­leu­se­ment cons­truit pour trom­per les E.U. en pre­mier. Car une Enquête plu­rielle menée à son terme serait en mesure de dévoi­ler le men­songe et ses cruel­les fina­li­tés, et de ren­dre les E.U. cons­cients de la trom­pe­rie et des actes cri­mi­nels dont ils ont été la prin­ci­pale vic­time. L’opi­nion publi­que amé­ri­caine, fac­teur déter­mi­nant dans cette épreuve, tour­ne­rait à l’appui de la résis­tance alors qu’il en est actuel­le­ment le prin­ci­pal obs­ta­cle.

VI

Les rai­sons de prin­cipe sont encore plus impor­tan­tes, tout en ayant des por­tées aussi pra­ti­ques que les pre­miè­res. Car il est impé­ra­tif de résis­ter à la culture des Néo-conser­va­teurs, celle du men­songe, de la vio­lence, de l’extré­misme et du nou­veau tota­li­ta­risme, par une culture oppo­sée. Faute de quoi, la résis­tance sera prise dans l’engre­nage infer­nal qu’elle a voulu bri­ser. Elle aggra­vera la situa­tion ini­tiale dont elle a voulu nous déli­vrer.

Elle fera par­tie du pro­jet des Néo-conser­va­teurs sans le savoir ni le vou­loir. La mon­tée en puis­sance de la vio­lence et du ter­ro­risme, en réac­tion à la soi-disant « guerre contre le ter­ro­risme », en témoi­gne. Les Néo-conser­va­teurs avaient réglé leur action, au préa­la­ble, en fonc­tion des réac­tions pré­vues ou admi­nis­trées par leur réseau. L’objec­tif étant de radi­ca­li­ser les États et les socié­tés du monde par l’effet de ces réac­tions, de les sou­le­ver contre le « monde du mal’, de les pous­ser à s’ali­gner der­rière les « mes­sa­gers du bien’ et de les voir s’adap­ter à cette guerre per­pé­tuelle.

La résis­tance ne peut se faire dans la réac­tion, ni avan­cer dans l’obs­cu­rité, ni res­ter sur la défen­sive. L’Enquête plu­rielle et glo­bale, dans le cadre de la res­pon­sa­bi­lité, nous sem­ble être la bonne voie pour remé­dier à cette situa­tion.

VII

La valeur sym­bo­li­que de l’Enquête, comme voie de résis­tance, contri­bue à sa valeur fonc­tion­nelle. En fai­sant appel aux acquis de la civi­li­sa­tion en tant que fac­teurs de sécu­rité, voire en tant qu’ulti­mes garan­ties de notre sur­vie, elle fait preuve de dou­ble res­pon­sa­bi­lité, morale et pra­ti­que. Car elle fait appel non seu­le­ment à tout ce qui a « per­mis à l’homme de deve­nir humain », mais aussi, et sur­tout, à ce qui per­met­tra à cet humain, à notre époque, de sur­vi­vre.

Dans notre cas, cette option capi­tale de sécu­rité est en mesure de sor­tir la résis­tance de l’engre­nage de la vio­lence.

D’autant plus que ce recours sal­va­teur à l’Enquête se veut fer de lance face à ceux qui font table rase de ces acquis-garan­ties. Ce qui per­met aux por­tées pra­ti­ques de cette résis­tance civi­li­sa­tion­nelle de se mani­fes­ter et de contras­ter avec les pra­ti­ques et les moyens des Néo-conser­va­teurs. Ceci met­tra en lumière le vrai visage de cha­que par­tie, à l’avan­tage de la résis­tance.

VIII

Les aspects de ce contraste seraient évidents.

Le recours à l’enquête comme voie de résis­tance se fie à un pro­ces­sus trans­pa­rent et essen­tiel­le­ment démo­cra­ti­que des­tiné à être effec­tué par tous les citoyens du monde, face aux manœu­vres clan­des­ti­nes et arbi­trai­res d’une orga­ni­sa­tion secrète qui n’est sor­tie d’aucune urne électorale ;
- il fait appel à l’esprit cri­ti­que face aux enne­mis jurés de cet esprit, qui, cons­cients qu’il les menace, font tout pour le tuer dans un pays (les E.U.) qui se vante d’être pro­mo­teur de cet esprit ;
- il est en quête des faits et des réa­li­tés, face aux pré­ju­gés, aux men­son­ges et aux mani­pu­la­tions média­ti­ques ;
- il fait appel à la loi et à la jus­tice, face à ceux qui se consi­dè­rent au-des­sus de la loi et qui ne reconnais­sent que la jus­tice de la puis­sance ; et il est, en der­nière ana­lyse, une expres­sion de res­pon­sa­bi­lité, alors que les fous de la volonté de puis­sance s’apprê­tent à un géno­cide pla­né­taire.

Ce contraste met en lumière l’état des faux pré­ju­gés géné­ra­li­sés qui domi­nent et façon­nent dan­ge­reu­se­ment le spec­ta­cle glo­bal. Il rec­ti­fie les cri­tè­res et réta­blit les repè­res pour revi­ta­li­ser l’esprit cri­ti­que. Il inverse l’image d’une résis­tance dan­ge­reuse et d’une super­puis­sance sal­va­trice. La résis­tance rem­plira alors tou­tes les condi­tions prin­ci­pa­les d’une issue salu­taire : elle se fera par une libre action cons­truc­tive qui échappe et s’oppose à l’engre­nage des­truc­tif des réac­tions ; elle avan­cera dans la lumière ; elle met­tra les Néos sur la défen­sive, les contrai­gnant à répon­dre pour leurs œuvres.

IX

Cette nou­velle résis­tance a pour mis­sion d’uni­fier les diver­ses résis­tan­ces actuel­les. Et ce, dans un dou­ble but : celui de ser­vir la cause com­mune en com­bi­nant les efforts contre un mal com­mun, et celui de ser­vir la cause par­ti­cu­lière de cha­que résis­tance en s’oppo­sant à une source de mal qui aggrave tous les autres maux. Car cette guerre de bar­ba­rie que mènent les Néo-conser­va­teurs contre l’huma­nité est à la fois un mal en soi et un cata­ly­seur des autres mal­heurs. Par son effet, les pro­blè­mes et les mal­heurs du monde empi­rent, les dif­fi­cultés de les trai­ter s’accrois­sent et les efforts des mili­tants qui s’y oppo­sent ris­quent d’être dépas­sés. D’autant plus qu’elle peut mener à une situa­tion irré­ver­si­ble à tous les niveaux, glo­bal, régio­nal et local, balayant les efforts des mili­tants.

S’oppo­ser à cette guerre est donc une prio­rité abso­lue qui s’impose à cha­que mili­tant dans le monde, quel que soit le sujet de sa souf­france ou de sa cause et quel­les que soient les alter­na­ti­ves aux­quel­les il aspire. Et c’est uni­que­ment en pre­nant cons­cience de cette prio­rité que les diver­ses résis­tan­ces peu­vent s’uni­fier, béné­fi­ciant de la richesse de leur diver­sité. La résis­tance-enquête mène à cette prise de cons­cience, en per­met­tant aux mili­tants de véri­fier et de se ren­dre compte des faits, à par­tir d’enquê­tes sur les sujets de leurs résis­tan­ces par­ti­cu­liè­res. Par exem­ple, un mili­tant pour la laï­cité dans son pays, ou contre les extré­mis­mes, ou contre le fana­tisme reli­gieux, ou contre le racisme, ou contre les fous du ciel qui détrui­sent la terre, ou contre la xéno­pho­bie etc., ce mili­tant ne tar­dera pas à décou­vrir qu’il est dépassé et que ses efforts ris­quent d’être neu­tra­li­sés par les effets tous azi­muts de la culture et des opé­ra­tions de cette guerre sur sa société. Aussi neu­tre soit sa société vis-à-vis de cette guerre et aussi loin­taine soit-elle du champ de ses opé­ra­tions.

Ceci s’appli­que également aux autres mili­tants pour d’autres cau­ses : au sujet de la pau­pé­ri­sa­tion, des pays pau­vres endet­tés, des nou­vel­les iné­ga­li­tés galo­pan­tes, de la mon­tée en puis­sance de la vio­lence, de la glo­ba­li­sa­tion des cri­mes contre la nature et l’envi­ron­ne­ment etc..

Les effets plu­ri­di­men­sion­nels de cette guerre sur les socié­tés et l’huma­nité tout entière ne se révè­le­ront, dans toute leur mons­truo­sité, qu’à une enquête plu­rielle mul­ti­dis­ci­pli­naire, menée par tous les mili­tants du monde sur la plu­ra­lité des sec­teurs et des dimen­sions de leur vie, direc­te­ment ou indi­rec­te­ment affec­tés.

L’union des résis­tan­ces du monde, dans le cadre de la résis­tance-enquête, plu­rielle, s’avère alors un pas­sage obligé.

X

Cette résis­tance-enquête devrait être menée, prin­ci­pa­le­ment, par les socié­tés, n’empê­che qu’elle soit des­ti­née à mobi­li­ser les États et les socié­tés à la fois. Elle serait entre­prise par tous les indi­vi­dus, asso­cia­tions, mou­ve­ments, ins­ti­tu­tions et sec­teurs affec­tés direc­te­ment ou indi­rec­te­ment par cette épreuve géné­rale, ou deve­nus cons­cients de sa menace exis­ten­tielle.

Cependant, cette entre­prise devrait se démar­quer net­te­ment du monde des ONG qui four­millent dans tous les conti­nents et dont la plu­part sont finan­cées et diri­gées par les repré­sen­tants du mal qu’ils sont sup­po­sés com­bat­tre.

Aux États-Unis, cette résis­tance-enquête ne devrait pas se conten­ter des simu­la­cres d’enquê­tes menées par le Congrès, la Maison Blanche ou les autres ins­tan­ces « offi­ciel­les’ dou­teu­ses, dites libres. Elle devrait s’en sub­sti­tuer. Le peu­ple des États-Unis est en droit de savoir qui le gou­verne, com­ment il est gou­verné, le coût maté­riel et moral que ses nou­veaux maî­tres lui infli­gent et la course à l’abîme que son pays endure.

Dans le monde, elle ne devrait pas être aban­don­née à la dis­cré­tion des États. Il est vrai que ceux-ci, notam­ment les gran­des puis­san­ces, savent plus que les autres par­ties, sus-citées, sur le sujet de l’enquête, mais main­tes consi­dé­ra­tions entra­vent leur liberté ou leur volonté d’agir. Leur liberté est limi­tée par le fait qu’ils sont tenus à res­pec­ter les réa­li­tés du rap­port des for­ces et à ne pas s’aven­tu­rer à se met­tre en tête de ligne de l’oppo­si­tion à la super­puis­sance et de subir, en consé­quence, sa ven­geance. Leur volonté d’agir, dans la situa­tion actuelle excep­tion­nelle, dépen­dra d’une prise de cons­cience géné­rale de cette menace exis­ten­tielle, qui pro­duira une volonté poli­ti­que col­lec­tive devant laquelle les gou­ver­ne­ments ne pour­ront pas hési­ter. La résis­tance-enquête, entre­prise prin­ci­pa­le­ment par les socié­tés, est en mesure de mener à cette prise de cons­cience.

XI

Le fac­teur temps.

Dans la situa­tion actuelle, le fac­teur temps est par­ti­cu­liè­re­ment déter­mi­nant. Il l’a été, jusqu’ici, dans le suc­cès des Néos. Il l’est encore plus dans le suc­cès à venir de la résis­tance.

Pour agir à temps, la résis­tance doit se situer dans le Néotemps fixé par l’agenda des Néo-conser­va­teurs. Précipité, cet agenda consiste à créer une suc­ces­sion de situa­tions anti­ci­pées qui leur per­met­tent d’aller de l’avant, devan­çant toute oppo­si­tion poten­tielle, pour l’empê­cher d’agir ou pour la ren­dre inef­fi­cace. Le prin­cipe étant que l’oppo­si­tion soit tou­jours dépas­sée par les événements. Les der­niè­res années illus­trent ce prin­cipe. Au len­de­main du 11 sep­tem­bre, les États-Unis et le reste du monde savaient moins sur les visées et les manœu­vres des Néo-conser­va­teurs, alors qu’ils étaient plus capa­bles de les punir ou les rete­nir. Trois ans après, ils en savent plus, alors qu’ils devien­nent moins capa­bles d’y agir. Ce qui per­mit aux Néos de pro­gres­ser, à leur pro­jet d’avan­cer, à leur guerre de se légi­ti­mer et au « remo­de­lage » du monde de s’affir­mer sui­vant leur vision. Demain, nous sau­rons beau­coup plus sur la bande des Néos et sur ses cri­mes, et nous en res­sen­ti­rons plus les consé­quen­ces qui s’accrois­sent d’ailleurs à cha­que épisode, mais nous ris­que­rons d’être devant le fait accom­pli, contraints à trai­ter uni­que­ment avec les consé­quen­ces sans pour autant être capa­bles d’agir sur les cau­ses pour empê­cher la pro­gres­sion du crime. Le fac­teur temps res­tera alors à leur coté. Cet état de chose pourra se per­pé­tuer, per­met­tant aux Néos d’ame­ner le monde à une situa­tion irré­ver­si­ble.

La résis­tance a pour pre­mier devoir d’inver­ser cette équation : ren­dre le monde cons­cient à temps, pour agir à temps. C’est ce que l’enquête plu­rielle se pro­pose de rem­plir dans le contexte du pro­cès plu­riel. Elle met­tra en cause tous les ter­mes de la ver­sion offi­cielle des événements depuis le 11 sep­tem­bre, celui-ci inclus. Elle mobi­li­sera les vic­ti­mes dont le nom­bre se mul­ti­plie à l’infini dans cette guerre per­pé­tuelle et sans limi­tes. Elle uni­fiera les résis­tants pour s’oppo­ser à cette guerre en prio­rité et pour concen­trer leurs efforts sur l’enquête comme option de résis­tance, juste et effi­cace, face à une guerre injuste et fatale.

La dyna­mi­que de ce pro­ces­sus d’enquête four­nira au plus grand public un énorme capi­tal de savoir qui pren­dra de vitesse l’agenda des Néo-conser­va­teurs, et pro­duira la volonté poli­ti­que néces­saire au suc­cès de toute action.

La résis­tance aura rem­pli sa fonc­tion, celle de ren­dre le monde cons­cient à temps, pour agir effi­ca­ce­ment à temps, avant que la situa­tion ne devienne irré­ver­si­ble. Le fac­teur temps, déter­mi­nant, sera alors du côté de la résis­tance.

XII - L’AVENIR (1) - La menace existentielle

L’ave­nir aban­donné aux Néo-conser­va­teurs.

« Tout au plus, nous som­mes à la fin du début », dit l’un des Néo-conser­va­teurs. « vous avez assisté, jusqu’ici, aux escar­mou­ches, aux peti­tes batailles. La vraie guerre n’a pas encore com­mencé », nous assure un autre.

Les Néocons nous annon­cent un ave­nir infi­ni­ment plus som­bre que les trois années écoulées. Pourquoi tien­nent-ils à nous le dire aussi solen­nel­le­ment, alors qu’ils savent que les États-Unis même sont vive­ment divi­sés sur la guerre qu’ils mènent, que la plu­part des peu­ples du monde s’y oppo­sent, que l’édifice de leurs men­son­ges s’écroule, que des dou­tes sérieux sur leur orga­ni­sa­tion et ses manœu­vres s’accrois­sent et s’accen­tuent et, sur­tout, que le bilan de la guerre qu’ils pro­met­tent d’inten­si­fier et per­pé­tuer est néga­tif, voire catas­tro­phi­que ?

Les Néo-conser­va­teurs ont voulu, sur­tout, mani­fes­ter leur volonté poli­ti­que à un monde qui man­que de cette volonté. Ils ont tenu à affir­mer qu’ils sont réso­lus, à une oppo­si­tion qui n’est pas réso­lue du tout ou ne l’est pas assez. Ils ont voulu dire qu’ils étaient les seuls à pla­ni­fier pour l’ave­nir et les seuls à en savoir. Enfin, ils ont voulu insuf­fler à tou­tes les autres par­ties un cer­tain sens de la fata­lité pour s’assu­rer de leur rési­gna­tion.

Les Néo-conser­va­teurs sont en droit de pen­ser ainsi, vu leur expé­rience encou­ra­geante dans le passé et les dis­po­si­tions concrè­tes qu’ils ont pri­ses pour s’assu­rer le suc­cès dans l’ave­nir.

En l’espace de trois ans, ils ont entre­pris le chan­ge­ment du monde et ils y sont par­ve­nus, sans pour autant ren­contrer une oppo­si­tion coor­don­née, réso­lue à les arrê­ter. L’état du monde s’est dété­rioré en s’enga­geant dans une voie qui peut rame­ner l’huma­nité à la bar­ba­rie, alors que les esprits les plus éclairés, dans leur immense majo­rité, ne sem­blent pas suf­fi­sam­ment alar­més. Ceux-ci se can­ton­nent dans la pen­sée tra­di­tion­nelle pour trai­ter avec un cas excep­tion­nel. Ce qui per­met aux Néo-conser­va­teurs de se sen­tir les seuls à savoir que ce nou­vel état du monde n’est pas l’après 11 sep­tem­bre mais l’avant-pre­mière de l’ordre mon­dial qu’ils sont entrain d’établir. Ainsi assu­rés, ils se consi­dè­rent les seuls à pou­voir créer l’ave­nir et, par consé­quent, à s’arro­ger le droit de Juges Suprêmes dans un contexte apo­ca­lyp­ti­que appro­prié, sans tenir compte des résis­tan­ces tra­di­tion­nel­les qu’ils ren­contrent. Ceci expli­que, en grande par­tie, l’arro­gance de leur dis­cours sur l’ave­nir.

Leurs dis­po­si­tions concrè­tes pour l’ave­nir les assu­rent encore plus. Ils comp­tent sur le pro­ces­sus de radi­ca­li­sa­tion qu’ils ont enclen­ché dans les rela­tions inter­na­tio­na­les et humai­nes et au sein des socié­tés, pro­pre à pro­pa­ger une culture de sépa­ra­tions, d’oppo­si­tions et de conflits. Et ils sont tout à fait satis­faits et ras­su­rés de voir le monde s’ache­mi­ner à une situa­tion conflic­tuelle qui peut deve­nir irré­ver­si­ble, alors que la vie inter­na­tio­nale actuelle se carac­té­rise par la com­plé­men­ta­rité et l’inter­dé­pen­dance, et que la sur­vie de l’huma­nité dépend, plus que jamais, de sa soli­da­rité. Ils se féli­ci­tent d’autant plus que les socié­tés-creu­sets sont mena­cées par l’incom­pa­ti­bi­lité de leurs com­po­sants, et ce à une époque où la com­mu­nion humaine est obli­gée. En somme, les Néo-conser­va­teurs sont ras­su­rés là où le monde entier est inquiété.

Un monde ainsi changé par ce pro­ces­sus de radi­ca­li­sa­tion serait de moins en moins résis­tant à la guerre, vu les nou­vel­les réa­li­tés qui s’impo­sent dans les rela­tions mon­dia­les et régio­na­les et au sein des socié­tés. Alors les gou­ver­ne­ments hési­tants ou rebel­les aux exi­gen­ces des meneurs de la guerre, fini­raient par se sou­met­tre aux exi­gen­ces des nou­vel­les réa­li­tés. Ainsi une Europe récal­ci­trante, par exem­ple, serait rame­née à l’obéis­sance. Et une France, par­ti­cu­liè­re­ment cri­ti­que à la logi­que de cette guerre, le serait de moins en moins au fur et à mesure que ses com­po­sants sociaux et reli­gieux, vic­ti­mes de la radi­ca­li­sa­tion, parais­sent incom­pa­ti­bles. Les valeurs de la répu­bli­que, notam­ment la laï­cité, seraient mena­cées par la mon­tée en puis­sance des nou­veaux com­mu­nau­ta­ris­mes mou­lés dans la haine et la peur. Les diri­geants fran­çais, fidè­les à ces valeurs, seraient dépas­sés par les événements et sou­mis à des pres­sions inté­rieu­res qui se conju­guent avec les pres­sions et contrain­tes exté­rieu­res déjà exis­tan­tes. L’exem­ple de l’Europe et de la France s’appli­que à tous les conti­nents et pays, à la seule dif­fé­rence des condi­tions par­ti­cu­liè­res de cha­cun d’eux.

L’ave­nir, aban­donné aux Néo-conser­va­teurs, est la course à l’abîme. Une course dont le par­cours comp­tera par sta­tions de mois ou de semai­nes. Déjà un siè­cle de trois ans, gros de consé­quen­ces apo­ca­lyp­ti­ques, en a donné la note.

XIII - L’AVENIR (2) - La volonté de survivre

Opposer, à la volonté de puis­sance d’une caste, la puis­sance de la volonté publi­que.

L’ave­nir dépend de l’homme. Ce pos­tu­lat de départ devrait ser­vir d’idée direc­trice à la résis­tance pour se libé­rer du sens de la fata­lité que les Néo-conser­va­teurs ont tenu à insuf­fler à leurs oppo­sants et à inculquer dans leurs têtes. Ils ont voulu assu­rer leur irré­vo­ca­ble « mis­sion » déter­mi­nante et le sort déter­miné de l’huma­nité.

Les déter­mi­nis­mes se sont révé­lés non seu­le­ment faux mais néfas­tes. Faux, puisqu’ils n’exis­tent pas, dans l’his­toire, en tant que loi. Néfastes, quand ils exis­tent, dans les têtes des hom­mes, en tant que fausse foi. Pourtant, la faus­seté des déter­mi­nis­mes ne doit pas trop nous assu­rer et nous invi­ter à l’iner­tie dans l’attente de voir le faux se tra­hir. Car les déter­mi­nis­mes ne sont démen­tis que par l’action des hom­mes.

L’appel à la résis­tance est un appel à l’action. Cependant, cette action doit s’impo­ser des condi­tions dont les unes la pro­tè­gent contre les abus et la déso­rien­ta­tion et les autres la ren­dent effi­cace. Pour se pro­té­ger, l’action doit être conçue en oppo­si­tion non seu­le­ment au déter­mi­nisme mais aussi à la pure réac­tion, en vue d’échapper à l’engre­nage de la vio­lence qui est la piste favo­rite des Néo-conser­va­teurs. Quant aux condi­tions de l’effi­ca­cité, dont la plu­part ont été citées plus haut, elles ne peu­vent se réa­li­ser sans un fac­teur pri­mor­dial et déter­mi­nant, celui de la volonté poli­ti­que. A la volonté poli­ti­que des Néo-conser­va­teurs qui est une volonté de puis­sance, doit s’oppo­ser une volonté poli­ti­que col­lec­tive qui expri­mera la puis­sance de cette volonté. A la volonté d’une orga­ni­sa­tion-caste, doit s’oppo­ser la volonté publi­que.

La résis­tance n’est pas une option parmi d’autres. Elle est un pas­sage obligé. Car l’huma­nité est appe­lée à déci­der, par cette résis­tance, de son des­tin. C’est dans cet esprit et par cette prise de cons­cience que la résis­tance doit envi­sa­ger sa mis­sion sal­va­trice. Manquer de volonté poli­ti­que pour faire face à cette menace c’est man­quer de volonté de vivre, voire de sur­vi­vre. C’est même man­quer du pure ins­tinct de sur­vi­vre, vu l’évidence du dan­ger et sa galo­pante pro­gres­sion.

Renverser le nou­veau régime aux États-Unis et le nou­vel ordre mon­dial.

Les Néo-conser­va­teurs entre­pren­nent d’établir un nou­veau régime aux États-Unis et un nou­vel ordre mon­dial, qui cons­ti­tuent une menace exis­ten­tielle. La sur­vie de l’huma­nité exige de ren­ver­ser, en prio­rité, ce régime et cet ordre. Cette tâche pri­mor­diale incombe à la résis­tance.

Cette direc­tive que doit se don­ner la résis­tance révèle un para­doxe et peut paraî­tre impos­si­ble à réa­li­ser.

Le para­doxe qu’elle révèle consiste en ce qu’elle fait appel à ren­ver­ser le nou­veau régime des E.U., alors que celui-ci entre­prend de chan­ger les régi­mes des autres pays du monde. En fait, ce nou­veau régime redou­ta­ble qui se fait aux E.U. mérite d’être ren­versé en pre­mier. D’abord, il est de por­tée glo­bale sans com­mune mesure, ce qui fait que tous les citoyens du monde qui en sont vic­ti­mes, sont en droit, voire en devoir de le chan­ger. Ensuite, le ren­ver­se­ment de ce régime réta­blira cer­tai­nes nor­mes élémentaires aux E.U. et dans le monde, pro­pres à répon­dre aux inquié­tu­des et à redon­ner espoir. Alors que le ren­ver­se­ment des régi­mes des autres pays, tel que l’entre­pren­nent les Néo-conser­va­teurs dans le monde, est entrain d’abou­tir soit à des régi­mes pires, soit au chaos, c.a.d. à la des­truc­tion et l’auto­des­truc­tion. Le cas de l’Irak, des­tiné à se géné­ra­li­ser dans la région, sinon dans le conti­nent, est exem­plaire. Le raz de marée dans le monde, qui n’a pas tardé pas à se faire sen­tir, doit nous alar­mer et nous inci­ter à agir. Une rai­son de plus pour ren­ver­ser, en prio­rité, le nou­veau régime qui se fait aux E.U. et du nou­vel ordre mon­dial qui en suit.

Cette direc­tive peut aussi paraî­tre impos­si­ble, du fait qu’elle laisse enten­dre que la résis­tance telle quelle, dénuée de moyens tan­gi­bles, serait en mesure de s’oppo­ser à la for­mi­da­ble machine de guerre et aux moyens illi­mi­tés dont dis­po­sent les nou­veaux maî­tres de la super­puis­sance. Cependant, la volonté poli­ti­que col­lec­tive, dont nous avons parlé plus haut, peut chan­ger toute l’équation. Car la puis­sance poten­tielle de cette volonté est consi­dé­ra­ble. D’autant plus que la résis­tance, qui exprime cette volonté, sera en posi­tion de force, vu la nature de la guerre que mènent les Néo-conser­va­teurs. Car elle est une guerre d’idées en pre­mier lieu, où les résis­tants sont avan­ta­gés : ils sont plus nom­breux, plus féconds et plus dévoués que les mani­pu­la­teurs du réseau Néo-conser­va­teur ; ils auront besoin de moin­dres efforts et de plus modes­tes moyens pour affir­mer les réa­li­tés que l’enquête sera en mesure d’établir, en com­pa­rai­son aux énormes efforts et moyens que les Néo-conser­va­teurs seront cons­tam­ment contraints de déployer pour cou­vrir leur men­songe et pour mon­ter les scé­na­rios, de plus en plus épuisants et ris­qués, par néces­sité de cacher leurs cri­mes et les impas­ses de leur logi­que de guerre. Néanmoins, quels que soient les efforts et les sacri­fi­ces que la résis­tance, cons­ciente de ses res­pon­sa­bi­li­tés, aura à pré­sen­ter par son libre choix, comp­te­ront peu par rap­port aux consé­quen­ces for­cées que l’huma­nité serait contrainte de subir sous l’auto­rité tota­li­taire des nou­veaux Juges Suprêmes.

La résis­tance n’a alors d’autres choix que de faire un véri­ta­ble tour de force pour réus­sir à des­ti­tuer les Néo-conser­va­teurs et ren­ver­ser le nou­veau régime aux EU. et le nou­vel ordre mon­dial qu’ils ont établis. Cependant, cette réus­site, qui est une condi­tion pour sur­vi­vre à leur menace directe, n’est pas suf­fi­sante pour le salut. L’ave­nir dépen­dra d’une autre lutte pla­né­taire contre leur culture qui peut sur­vi­vre à leur chute.