Conférence : La doctrine israélienne de Paix

Document : stratégies d’Israël dans les années 80

 
Youssef Aschkar, mise en ligne : vendredi 4 février 2005

Un arti­cle de la revue Kivounim (Orientation), publié par l’« Organisation sio­niste mon­diale » à Jérusalem (n°14, février 1982), expose une « stra­té­gie pour Israël dans les années qua­tre-vingt ». Nous repro­dui­sons les pas­sa­ges les plus signi­fi­ca­tifs de cet arti­cle.

« La reconquête du Sinaï, avec ses res­sour­ces actuel­les, est un objec­tif prio­ri­taire que les accords de Camp David et les accords de paix empê­chaient jusqu’ici d’attein­dre... Privés de pétrole et des reve­nus qui en décou­lent, condam­nés à d’énormes dépen­ses en ce domaine, il nous faut impé­ra­ti­ve­ment agir pour retrou­ver la situa­tion qui pré­va­lait dans le Sinai avant la visite de Sadate et le mal­heu­reux accord signé avec lui en 1979.

La situa­tion économique de l’Egypte, la nature de son régime, et sa poli­ti­que Pan-arabe, vont débou­cher sur une conjonc­ture telle qu’Israël devra inter­ve­nir... L’Egypte, du fait de ses conflits inter­nes, ne repré­sente plus pour nous un pro­blème stra­té­gi­que, et il serait pos­si­ble, en moins de 24 heu­res, de la faire reve­nir à l’état où elle se trou­vait après la guerre de juin 1967.

Le mythe de l’Egypte “lea­der du monde arabe” est bien mort et, face à Israël et au reste du monde arabe, elle a perdu 50% de sa puis­sance. A court terme, elle pourra tirer avan­tage de la res­ti­tu­tion du Sinai, mais cela ne chan­gera pas fon­da­men­ta­le­ment le rap­port de force. En tant que corps cen­tra­lisé, l’Egypte est déjà un cada­vre, sur­tout si l’on tient compte de l’affron­te­ment de plus en plus dur entre musul­mans et chré­tiens. Sa divi­sion en pro­vin­ces géo­gra­phi­ques dis­tinc­tes doit être notre objec­tif poli­ti­que pour les années 1990, sur le front occi­den­tal.

Une fois l’Egypte ainsi dis­lo­quée et pri­vée de pou­voir cen­tral, des pays comme la Libye, le Soudan, et d’autres plus éloignés, connaî­tront la même dis­so­lu­tion. La for­ma­tion d’un Etat Copte en Haute-Egypte, et celle de peti­tes enti­tés régio­na­les de fai­ble impor­tance, est la clef d’un déve­lop­pe­ment his­to­ri­que actuel­le­ment retardé par l’accord de paix, mais iné­luc­ta­ble à long terme.

En dépit des appa­ren­ces, le front Ouest pré­sente moins de pro­blè­mes que celui de l’Est. La par­ti­tion du Liban en cinq pro­vin­ces pré­fi­gure ce qui se pas­sera dans l’ensem­ble du monde arabe. L’éclatement de la Syrie et de l’Irak en régions déter­mi­nées sur la base de cri­tè­res eth­ni­ques ou reli­gieux, doit être , à long terme, un but prio­ri­taire pour Israël , la pre­mière étape étant la des­truc­tion de la puis­sance mili­taire de ces Etats.

Les struc­tu­res eth­ni­ques de la Syrie l’expo­sent à un déman­tè­le­ment qui pour­rait abou­tir à la créa­tion d’un Etat chiite le long de la côte, d’un Etat sun­nite dans la région d’Alep, d’un autre à Damas, et d’une entité druze qui pour­rait sou­hai­ter cons­ti­tuer son pro­pre Etat -peut-être sur notre Golan-en tout cas avec l’Houran et le Nord de la Jordanie... un tel Etat serait, à long terme, une garan­tie de paix et de sécu­rité pour la région. C’est un objec­tif qui est déjà à notre por­tée.

Riche en pétrole, et en proie à des lut­tes intes­ti­nes, l’Irak est dans la ligne de mire israé­lienne. Sa dis­so­lu­tion serait, pour nous, plus impor­tante que celle de la Syrie, car c’est lui qui repré­sente, à court terme, la plus sérieuse menace pour Israël. Une guerre syro-ira­kienne favo­ri­se­rait son effon­dre­ment de l’inté­rieur, avant qu’il ne soit en mesure de se lan­cer dans un conflit d’enver­gure contre nous. Toute forme de confron­ta­tions inter-arabe nous sera utile et hâtera l’heure de cet éclatement... Il est pos­si­ble que la guerre actuelle contre l’Iran pré­ci­pite ce phé­no­mène de pola­ri­sa­tion.

La Péninsule ara­bi­que tout entière est vouée à une dis­so­lu­tion du même genre, sous des pres­sions inter­nes. C’est le cas en par­ti­cu­lier de l’Arabie Séoudite : l’aggra­va­tion des conflits inté­rieurs et la chute du régime sont dans la logi­que de ses struc­tu­res poli­ti­ques actuel­les. »

La Jordanie est un objec­tif stra­té­gi­que dans l’immé­diat. A long terme, elle ne cons­ti­tuera plus une menace pour nous après sa dis­so­lu­tion, la fin du règne de Hussein, et le trans­fert du pou­voir aux mains de la majo­rité pales­ti­nienne.

C’est à quoi doit ten­dre la poli­ti­que israé­lienne. Ce chan­ge­ment signi­fiera la solu­tion du pro­blème de la rive occi­den­tale, à forte den­sité de popu­la­tion arabe. L’émigration de ces Arabes à l’Est—dans des condi­tions paci­fi­ques ou à la suite d’une guer­re—et le gel de leur crois­sance économique et démo­gra­phi­que, sont les garan­ties des trans­for­ma­tions à venir. Nous devons tout faire pour hâter ce pro­ces­sus.

Il faut reje­ter le plan d’auto­no­mie, et tout autre qui impli­que­rait un com­pro­mis ou une par­ti­ci­pa­tion des ter­ri­toi­res, et ferait obs­ta­cle à la sépa­ra­tion des deux nations : condi­tions indis­pen­sa­bles d’une véri­ta­ble coexis­tence paci­fi­que.

Les Arabes israé­liens doi­vent com­pren­dre qu’ils ne pour­ront avoir de patrie qu’en Jordanie... et ne connaî­tront de sécu­rité qu’en reconnais­sant la sou­ve­rai­neté juive entre la mer et le Jourdain... Il n’est plus pos­si­ble, en cette entrée dans l’ère nucléaire, d’accep­ter que les trois quarts de la popu­la­tion juive se trou­vent concen­trée sur un lit­to­ral sur­peu­plé et natu­rel­le­ment exposé ; la dis­per­sion de cette popu­la­tion est un impé­ra­tif majeur de notre poli­ti­que inté­rieure. La Judée, la Samarie, et la Galilée, sont les seu­les garan­ties de notre sur­vie natio­nale. Si nous ne deve­nons pas majo­ri­tai­res dans les régions mon­ta­gneu­ses, nous ris­quons de connaî­tre le sort des Croisés, qui ont perdu ce pays.

Rééquilibrer la région sur le plan démo­gra­phi­que, stra­té­gi­que et économique, doit être notre prin­ci­pale ambi­tion ; ceci com­porte le contrôle des res­sour­ces en eau de la région qui va de BeerSheba à la Haute-Galilée et qui est pra­ti­que­ment vide de juifs aujourd’hui. »