Conférence : La doctrine israélienne de Paix

Appendices

 
Youssef Aschkar, mise en ligne : vendredi 4 février 2005

Les asser­tions des Travaillistes aux années 90, men­tion­nées ci-des­sus, ont été expri­mées dans leur dis­cours géné­ral. Mr Shimon Pérès les a expo­sées et déve­lop­pées dans son fameux livre « Le Nouveau Moyen-Orient » (Element, GB, 1993) où il affirme que les nou­vel­les réa­li­tés de la der­nière décen­nie du siè­cle ont exigé, non seu­le­ment de sub­sti­tuer l’état de paix à celui de guerre, mais d’inven­ter un nou­veau concept de paix posi­tive et cons­truc­tive, basé sur la coo­pé­ra­tion et les fron­tiè­res ouver­tes. Les pré­ten­tions d’ori­gi­na­lité ne se limi­tent pas, chez les nou­veaux Travaillistes, aux sujets de l’idéal de la paix et de son concept. Elles s’étendent au « nou­veau » pro­ces­sus de la paix et aux « nou­vel­les » solu­tions qu’ils pré­ten­dent avoir inven­tées ou décou­ver­tes. Mr Pérès se fait gloire de ces inven­tions et décou­ver­tes.

Ces pré­ten­tions ne résis­tent pas à l’exa­men. Abba Eban, minis­tre des affai­res étrangères aux années soixante, est incontes­ta­ble­ment le pre­mier ini­tia­teur de la doc­trine israé­lienne de la paix en tant que pro­jet inté­gral (étant donné que ses prin­ci­pes ont tou­jours été sépa­ré­ment appli­qués par les sio­nis­tes).

Les notes que nous pré­sen­tons ci-des­sous contien­nent des cita­tions du dis­cours poli­ti­que et du débat dans les plus hauts cer­cles poli­ti­ques israé­liens aux années 67 et 68, ainsi que des décla­ra­tions offi­ciel­les du gou­ver­ne­ment israé­lien à l’époque. Ces cita­tions nous éclairent sur l’ori­gine du pro­jet israé­lien des années 90, et contes­tent l’ori­gi­naté de ce der­nier sur les qua­tre niveaux sus-men­tion­nés (l’idéal de la paix, le concept, le pro­ces­sus et les solu­tions). Car les idées et les prin­ci­pes foda­men­taux du pro­jet 90 remon­tent aux années 67-68. Paradoxalement, ces mêmes cita­tions nous révè­lent qu’Israël, à l’époque de ses pro­jets de guerre et d’expan­sion aux années 60, au sein des­quels naquit sa doc­trine de paix, fut moins exi­geante et intran­si­geante qu’à l’époque de son pro­jet solen­nel de la paix aux années 90.

1. Sur l’idéal de la paix

Le dis­cours de la paix est l’une des cons­tan­tes de la lit­té­ra­ture poli­ti­que israé­lienne.Les Israéliens n’ont jamais man­qué de prê­cher la paix, même aux moments où ils fai­saient la guerre ou s’y pré­pa­raient. Après la Guerre des Six Jours, ils ont jugé pri­mor­dial de main­te­nir ce dis­cours et de le déve­lop­per, non seu­le­ment pour des fins publi­ci­tai­res qui se rap­por­tent à l’image d’Israël, mais pour des buts stra­té­gi­ques en rai­son de la nou­velle doc­trine de guerre qui exi­geait un cadre de paix qui lui per­mette d’appli­quer son concept et ses prin­ci­pes. Déjà au len­de­main de la guerre, un plan de paix fut pré­paré (le Plan Allon : achevé le 13 Juillet 1967 et sou­mis au gou­ver­ne­ment le 26 du même mois). Le sujet de la paix anima le débat poli­ti­que aux années 67 et 68 et culmina au Plan-Eban de la paix, qui consista en une pro­po­si­tion de neuf points pré­sen­tée en Octobre 1968 à l’Assemblée Générale des Nations Unies. Dans ce der­nier docu­ment, furent mis les fon­de­ments et prin­ci­pes de la doc­trine israé­lienne de la paix, copiée et van­tée, un quart de siè­cle plus tard, par Mr Pérès. Conformément à cette doc­trine, les réso­lu­tions du Conseil de Sécurité, concer­nant le retrait de l’armée israé­lienne, et la Mission-Jarring furent, à l’époque, accep­tées par Israël à condi­tion qu’elles soient inter­pré­tées comme une convo­ca­tion aux négo­cia­tions direc­tes de la paix (condi­tion pri­mor­diale dans le pro­jet-Eban). En somme, le sujet de la paix fut au cen­tre du dis­cours poli­ti­que en Israël aux années soixante, condi­tion­nant les autres sujets et ayant ses pro­pres condi­tions. Voir :
- Plan-Allon (MER 1968 p.250) ;
- Plan-Eban (MER 1968 p.250) ;
- Eshkol ( JP,12 Nov.1968) ;
- Eban (JP,28 Janv.68 ; GPO/W,23-29 Janv.68 ; JP,5Avr.68 ; GPO,5 Août 68 ; NYT,6 Oct.68 ; Ma’ariv,15 Nov.68 ; JP,17 Nov. 68)
- Allon ( Lamerhav,20 Août 68 ; ; R. Kol Yisrael,15 Oct. - DR,17 Oct.68 ; Ha’aretz,16 Oct.68 ; Ha’aretz,12 Nov.68)

Quant aux fina­li­tés qui sous-ten­dè­rent cette lit­té­ra­ture, il est signi­fi­ca­tif que le gou­ver­ne­ment d’Eshkol confia à Moshe Dayan d’appli­quer les nou­vel­les direc­ti­ves « paci­fi­ques » sur les Palestiniens de la Cisjordanie. Et les nou­veaux Travaillistes de mar­cher sur les pas de leurs pré­dé­ces­seurs tant dans le dis­cours que dans l’appli­ca­tion.

N.B. L’atti­tude extré­miste de Dayan est connue. Sur son désas­treux plan d’action en Cisjordanie, approuvé par le gou­ver­ne­ment et repris par les nou­veaux Travaillistes, voir : Lamerhav,27 Sept.68 ; Ha’aretz,20 Oct.68 ; Ha’aretz,21 Oct.68 ; Ha’aretz, Ma’ariv,2 Déc.68 ; Ma’ariv,19 Juin68 ; Ma’ariv, 15 Nov. 68 ; GPO/D,29 Juin 68 ; ainsi que son livre « New Map Different Relationships », Tel Aviv, 1969, pp.149,168. en par­ti­cu­lier.

2- Sur le concept de la paix

L’ori­gi­na­lité du concpt de la paix, pré­ten­due par les nou­veaux Travaillistes, repose sur qua­tre spé­ci­fi­ci­tés : la nature de la paix, ses exi­gen­ces, son cadre et son modèle.

La nature : paix posi­tive et cons­truc­tive fon­dée sur les fron­tiè­res ouver­tes et la coo­pé­ra­tion.

Les exi­gen­ces : libre accès aux socié­tés faci­lité et pro­tégé, voire imposé par les Etats à leurs socié­tés.

Le cadre : un nou­vel ordre régio­nal.

Le modèle : la com­mu­nauté euro­péenne.

Et les nou­veaux Travaillistes de nous assu­rer que du fait que ce nou­veau concept a vu le jour, aux années 90, un chan­ge­ment radi­cal s’est effec­tué et le pro­grès sur le che­min de la paix est devenu irré­ver­si­ble.

Ces pré­ten­tions sont tri­ple­ment démen­ties. 1- Le concept a été formé, en tous ses points, par les diri­geants d’sraël aux années soixante. Les nou­veaux Travaillistes n’ont fait que copier leurs pré­dé­ces­seurs. 2- A sa for­ma­tion, aucun chan­ge­ment radi­cal ne s’est effc­tué. Le bilan de la paix et de la sécu­rité, aux deux décen­nies sui­van­tes, est plus néga­tif que jamais. 3- Depuis sa reprise à Madrid et Oslo et mal­gré l’élan ini­tial qu’il a connu et les fac­teurs favo­ra­bles qui s’étaient pré­sen­tés, ce concept , par l’ambi­guité de ses sous-enten­dus et exi­gen­ces, n’a fait que recu­ler la paix et mon­ter l’insé­cu­rité dans la région et à l’échelle mon­diale.

Abstraction faite du bilan de ce concept, nous nous conten­tons, ci-des­sous, d’indi­quer son ori­gine aux années soixante, où nous retrou­vons non seu­le­ment le même concept et les mêmes idées, mais sur­tout la même ter­mi­no­lo­gie des nou­veaux Travaillistes, à savoir :

Une paix posi­tive, de fron­tiè­res ouver­tes et de coo­pé­ra­tion régio­nale, à l’ins­tar de l’Europe Occidentale, pour établir un nou­vel ordre régio­nal.

Voici quel­ques cita­tions :
- The israeli concept of peace set­tle­ment was that of « posi­tive rela­tion­ships », such as open bor­ders and regio­nal co-ope­ra­tion for the joint uti­li­za­tion of resour­ces (MER, 1968, p.242)
- The israeli concept of peace was « more than non-bel­li­ge­rency » - a condi­tion of posi­tive co-ope­ra­tion. PM Eshkol cal­led for the esta­blish­ment of « an area of open fron­tiers and fruit­ful co-ope­ra­tion » (JP,12 Nov.1968)
- One of the points in FM Eban’s pro­po­sal was « the prin­ci­ple of an open fron­tier » (Point 4). « We should emu­late the open fron­tier now deve­lo­ping within com­mu­ni­ties of sta­tes as in parts of Western Europe » (Ha’aretz, 23 Dec.1968)
- Eban : « The poli­ti­cal sta­le­mate could be over­come... by basic change in the state of rela­tion­ships » (JP,28 jan.1968)
- Eban said that peace would open pros­pects of pro­gress in the region, open direct rou­tes bet­ween Beirut, Damascus, Amman and Cairo : reo­pen the route bet­ween the Nile-Valley and Fertile Crescent over the Negev... (JP,5 Apr.1968)
- « peace is not mere absence of figh­ting » but a posi­tive rela­tion­ship cove­ring a wide range of acti­vi­ties... ( Point 1 of Eban peace pro­po­sal)
- An exa­mi­na­tion of a com­mon approach ; to some of the resour­ces and means of com­mu­ni­ca­tion in the region, in an effort to lay the foun­da­tions of Middle-Eastern Community of sove­reign sta­tes. (Point 9 of Eban’s peace pro­po­sal)

3- Sur le processus de la paix

Le pro­ces­sus de la paix, adopté par les Travaillistes au début des années 90 à Madrid et Oslo et appli­qué depuis, est une copie de celui pro­posé par le gou­ver­ne­ment Eshkol aux années 67 et 68. Nous expo­sons, ci-des­sous, les idées direc­tri­ces israé­lien­nes à ce sujet aux années 60 (voir prin­ci­pa­le­ment MER, 1968, pp 242-261)

Pour les diri­geants d’Israël, la conclu­sion de la paix avec Israël serait une condi­tion pre­mière et un pas­sage obli­ga­toire pour les Arabes. (Eshkol, JP, 24 Mai,1968) Israël se refu­se­rait à dis­cu­ter tou­tes ques­tions que dans le cadre des négo­cia­tions et du pro­ces­sus de la paix et à la lumière de leurs résul­tats. (MER,1968, pp 245-246)

La paix devrait pas­ser par qua­tre sta­des : négo­cia­tions, accords, contrats(trai­tés), et exé­cu­tion. (MER,1968, pp 245-246)

Les négo­cia­tions devraient être direc­tes(face-à-face). (Eban, MER, 1968, p245 ; Eban, Ha’aretz, 6Mars, 1968) Elles devraient être menées avec les Etats et non avec la popu­la­tion « locale »(les Palestiniens). (Al-Anba’, JP, 25 Oct., 1968)

Elles devraient être menées avec tous les Etats ara­bes et avec cha­cun d’eux sépa­ré­ment. ( Eshkol , Yediot Aharonot, 30Avr., 1968)

Elles devraient être menées sans condi­tions préa­la­bles(sine qua non). (Ha’aretz, 12 Mai, 1968)

Les solu­tions d’une tierse par­tie ne seraient pas accep­ta­bles. (MER, 1968, p 249)

Les solu­tions et les garan­ties des Grandes Puissances ne seraient pas accep­ta­bles. (MER,1968, p249)

Les réso­lu­tions des Nations Unies (Assemblée Générale ou Conseil de Sécurité) ne devraient pas se sub­sti­tuer aux trai­tés de paix. Elles ne seraient accep­tées qu’en tant que convo­ca­tion à la négo­cia­tion directe de la paix (inter­pré­ta­tion israé­lienne uni­que aux réso­lu­tions des Nations Unies). (MER, 1968, pp 24-249)

Les négo­cia­tions direc­tes pour­raient être sous les aus­pi­ces des Nations Unies. (MER, 1968, pp 243-249)

Le Modèle-Rodhes serait sou­hai­ta­ble, mais le retour au Modèle-Lausanne ( par inter­mé­diaire) ne serait pas accepté. (MER, 1968, pp 243-248)

Les règle­ments, les accords et les trai­tés entraî­ne­raient des obli­ga­tions sui­vant les­quel­les les Etats ara­bes s’enga­ge­raient à nor­ma­li­ser, voire même favo­ri­ser les rela­tions avec Israël, et à contrain­dre leurs socié­tés à le faire, sous peine d’être (les Etats) péna­li­sés et châ­tiés par Israël et à sa dis­cré­tion. (Genre de péna­li­sa­tion et de châ­ti­ment : le bom­bar­de­ment de l’aéro­port de Beyrouth pour le Liban, le bom­bar­de­ment près d’Iswan pour lEgypte et la des­truc­tion des ponts pour la Jordanie, voir : R.Kol Yisrael, 29 Mai1968 ; BBC, 31Mai1968 ; Ha’aretz, 30Mai1968 ; JP, 31Mai 1968 in MER, 1968, pp245-6.)

En atten­dant que les Etats ara­bes consen­tis­sent aux négo­cia­tions de la paix à ces condi­tions, Israël se don­ne­rait pleine liberté d’agir dans les ter­ri­toi­res occu­pés et sur les peu­ples conquis sui­vant ce qu’elle juge néces­saire à sa sécu­rité ou à son déve­lop­pe­ment. (Galili, minis­tre : Ha’aretz, 18Avr., 1968)

4- Sur les solutions

Notons d’abord que M. Pérès et les nou­veaux Travaillistes n’ont rien apporté d’ori­gi­nal, à part la pré­sen­ta­tion osten­ta­toire, au sujet des solu­tions pour les pro­blè­mes pen­dants. Ils ont copié le dis­cours de leurs pré­dé­ces­seurs aux années soixante. Le cas de la Palestine et des Palestiniens peut ser­vir de modèle. Ainsi demeura inchan­gea­ble le dis­cours israé­lien sur tou­tes les ques­tions vita­les dont dépen­dent la vie et le des­tin du peu­ple pales­ti­nien, tel­les les ques­tions de l’Etat pales­ti­nien, de la nature de l’auto­rité pales­ti­nienne, le pro­jet d’une fédé­ra­tion pales­tino-jor­da­nienne, de Jérusalem, des eaux, des réfu­giés, des colo­nies et des fron­tiè­res, pour ne citer que les sujets les plus impor­tants. Ils ont aussi tenu au même pro­jet d’une cer­taine fédé­ra­tion pales­tino-jor­da­nienne dépen­dante d’Israël, qui liqui­de­rait la ques­tion pales­ti­nienne, libè­re­rait la colo­ni­sa­tion de la Cisjordanie et ser­vi­rait de pont aux pays ara­bes. (voir sur tous ces sujets : pour les années 60, MER, 1968, pp 242-261 ; et pour les années 90, The New Middle East de Shimon Pérès)

Ce dis­cours arrêté n’est pas moins élusif et ambigu aussi bien aux années 90 qu’aux années 60. Les Accords d’Oslo en témoi­gnent. Venant à l’exé­cu­tion, cha­que arti­cle néces­sita des nou­vel­les négo­cia­tions pour l’inter­pré­ter et pour conclure des nou­veaux accords, si jamais on par­ve­nait à les attein­dre. Ceci fait, les nou­veaux accords sur l’inter­pré­ta­tion néces­si­tè­rent, à leur tour et à cha­que tour­nant, des nou­vel­les négo­cia­tions pour les inter­pré­ter.

Ce cycle infer­nal d’inter­pré­ta­tions et d’accords n’est pas un hasard ni la consé­quence d’un malen­tendu ou un sous-pro­duit natu­rel du conflit. Il est une stra­té­gie d’action et une fina­lité en soi. Une stra­té­gie qui consiste à créer des faits et gagner du temps : deux prin­ci­pes pri­mor­diaux dans le pro­ces­sus de paix et de guerre Israéliennes. L’attente des négo­cia­tions serait un temps gagné pour créer des faits. En cas de négo­cia­tions, il fau­drait les pro­lon­ger à l’infini pour gagner du temps. Le temps gagné per­met­trait de créer des nou­veaux faits….et ainsi de suite. Ces prin­ci­pes , expri­més par Moshe Dayan (voir ci-desous) et approu­vés par le gou­ver­ne­ment Eshkol à l’époque, ont été repris et décla­rés par les gou­ver­ne­ments Beguin-Shamir et appli­qués à la let­tre par les Travaillistes aux années 90 jusqu’à nos jours. Ils sont la ligne direc­trice du pro­ces­sus de paix et de guerre, que les ara­bes devront subir s’ils renon­cent à accep­ter une paix for­cée. Ceci expli­que clai­re­ment ce qui se passe actuel­le­ment en Cisjordanie et à Gaza.

Moshe Dayan : « We must esta­blish a way of life that will ena­ble us to have a long brea­thing spell in which to create facts ; the facts will give us a spell of time ena­bling us to create addi­tio­nal facts and so it will go on. I believe that this way we shall be able to achieve a part, or even most, of the goals we want to achieve ». Mappa Hadasha, p.168, in MER, 1968, p258.

Voir aussi, sur l’exploi­ta­tion israé­lienne de sa posi­tion de force jugée favo­ra­ble à l’appli­ca­tion de cette stra­té­gie : (MER 1967, p 275 ; MER 1968, p 254) ;

Abba Eban, minis­tre des affai­res étrangères (GPO/ W, 23-29 Janvier 1968 ; JP, 28 Janvier 1968 ; entre­vue avec Ha’aretz, 2 Février 1968 ; entre­vue à l’Express citée par J.P. 23 avr.1968) ;

Yig’al Allon, vice Premier minis­tre, (R. Kol Yisrael, 15 Oct. 68 ; Ha’aretz, 16 Octobre 1968 ; DR, 17 Octobre 1968 ) ; Levi Eshkol, pre­mier minis­tre, (JP, 12 Novembre, 1968).