Conférence : La sécurité en Méditerranée et les destinées de l’Europe

Actualités prédominantes en Méditerranée

 
Youssef Aschkar, mise en ligne : mercredi 9 février 2005
Introduction
Europe et Méditerranée
La Méditerranée
Actualités prédominantes en Méditerranée
Conclusion

Nous nous som­mes conten­tés, en ce qui concerne le modèle impé­rial, de par­ler de l’Empire Romain. Nous l’avons consi­déré comme pro­to­type impé­rial. Les empi­res moder­nes euro­péens ont suivi, plus ou moins, ses pas, por­tant les mêmes carac­té­ris­ti­ques, aspi­rant au mêmes fina­li­tés, recou­rant aux mêmes moyens et abou­tis­sant au même pay­sage d’un monde dou­ble­ment tra­gi­que : le mal récolté et le mal semé.

L’une des spé­ci­fi­ci­tés du phé­no­mène impé­rial clas­si­que qui le dis­tin­gue des inva­sions et des dévas­ta­tions pri­mi­ti­ves, c’est ce dou­ble tra­gi­que. Car les dégats des inva­sions pri­mi­ti­ves se limi­tent aux des­truc­tions phy­si­ques et aux cruau­tés. Ils sont sou­vent répa­ra­bles par les héri­tiers ou les suc­ces­seurs de la géné­ra­tion vic­time. Tandis que le concept impé­rial poli­tico-mili­taire repose sur une concep­tion cultu­relle plus vaste qui peut sur­vi­vre à la chute phy­si­que des empi­res, pro­je­tant ses dégats sur des géné­ra­tions futu­res en créant une culture de Société Fermées, axées sur la néga­tion de l’« Autre » et sur la volonté de vain­cre et d’éliminer et en pro­vo­cant des situa­tions explo­si­ves géné­ra­tri­ces de confron­ta­tions meur­triè­res. Dans ce sens les époques impé­ria­les enga­gent, voire hypo­thè­quent l’ave­nir.

Les séquel­les de cette hypo­thè­que font sur­face en Méditerranée, essayant de détruire défi­ni­ti­ve­ment son esprit de base et de la trans­for­mer en boite fer­mée et explo­sive. Pour décrire les traits saillants de la situa­tion actuelle en Méditerranée et pour desi­gner la dyna­mi­que des événements en cours, nous nous conten­tons de quel­ques cons­ta­ta­tions :

A- PROCESSUS D’EFFRITEMENT

On assiste dans cette par­tie orien­tale de la Méditerranée, pré­ci­sé­ment au Croissant Fertile, à un pro­ces­sus d’effri­te­ment, métho­di­que­ment appli­qué de l’inté­rieur et appuyé par l’exté­rieur. Ce bas­tion tra­di­tion­nel est visé. Sa dis­pa­ri­tion phy­si­que, cultu­relle ou morale est un objec­tif. La guerre au Liban est un pre­mier exem­ple et un pre­mier maillon. Ce qui frappe la société au Liban est beau­coup plus grave qu’une sim­ple guerre. C’est un engre­nage qui consiste à créer des socié­tés fer­mées en minia­ture, condam­nées à enga­ger une lutte d’arène sans sur­vi­vants. Donc enga­ge­ment mor­bide de socié­tés fer­mées en minia­ture offrant, en accé­lé­ra­tion, sur la scène liba­naise, les ima­ges et les spec­ta­cles du sort des socié­tés fer­mées ago­ni­san­tes, et ceci en dépit du refus et de la résis­tance héroï­que du peu­ple liba­nais. Créer ces socié­tés fer­mées n’est plus seu­le­ment un concept. ça devient une tech­ni­que. Et cette tech­ni­que devient uni­ver­sel­le­ment appli­ca­ble avec plus ou moins de suc­cès.

Il s’agit d’effri­ter les bas­tions humains pour les faire dis­pa­raî­tre et leur sub­sti­tuer un arse­nal de guerre. Remplacer les socié­tés par des armées. Remplacer la culture par la machine de guerre. Un pro­jet mons­trueux que la Méditerranée envi­sage pour la pre­mière fois sur sa côte orien­tale depuis l’aube de l’his­toire.

B– LIGNES DE DEMARCATION

La diver­sité que repré­sen­tent les com­po­san­tes de la Méditerranée ;

Diversité enri­chis­sante qui témoi­gne de l’esprit de bras­sage et de l’ori­gi­na­lité médi­ter­ra­néenne dont elle découle ;

Diversité dont le pro­grès, la pros­pé­rité et même la sur­vie dépen­dent, à notre avis, du rap­pro­che­ment et de la soli­da­rité ;

cette diver­sité de com­po­san­tes est contrainte d’être trans­for­mée en mosaï­que de par­ties étanches sou­mi­ses à des lignes de démar­ca­tion oppo­sant, ici, culture à culture, là, Christianisme à Islam, là-bas, Orient à Occident, remet­tant à jour tout un héri­tage d’obs­cu­ran­tisme et de « Guerres Sacrées », et met­tant au ser­vice des confron­ta­tions et des sépa­ra­tions for­cées tous les moyens de com­mu­ni­ca­tion moder­nes dont l’huma­nité avait tou­jours espéré se ser­vir pour réduire les dis­tan­ces phy­si­ques et psy­cho­lo­gi­ques plu­tôt que pour accé­lé­rer le rythme du meur­tre et du sui­cide aux échelles conti­nen­tale et inter­conti­nen­tale.

C- CREATION DE SITUATIONS EXPLOSIVES

Des poli­ti­ques qui décou­lent de la pré­cé­dente consis­tent à faire régner, en Méditerranée, une situa­tion explo­sive à par­tir de la par­tie orien­tale du bas­sin.

Une poli­ti­que de contrain­tes per­pé­tuel­les qui four­nit et l’huile et le feu pour met­tre en flamme des foyers–clefs dans la région, pour inten­si­fier les conflits régio­naux et pour ouvrir cette par­tie du monde aux conflits résul­tant des diver­gen­ces inter­na­tio­na­les.

Une poli­ti­que de mani­pu­la­tion qui fait appel aux ins­tincts pour créer des embryons de folies fana­ti­ques essayant d’inau­gu­rer une nou­velle époque théo­cra­ti­que sec­taire, into­lé­rante et conta­gieuse, en ces der­niè­res années du ving­tième siè­cle.

D- MONOPOLISATION ET EXCLUSION DES « AUTRES »

Il devient de plus en plus évident que les grands par­te­nai­res de l’alliance, et sur­tout le nou­vel arse­nal de guerre et l’agglo­mé­ra­tion indus­trielle aux­quels Israël se réduit, s’implan­tent et s’impo­sent par la force cruelle dans cette région et s’effor­cent de mono­po­li­ser tout l’héri­tage impé­rial tout en l’aggra­vant en l’appli­quant dans le contexte du Sacré : race, reli­gion, culture ou « Kultur », mani­fes­tant un esprit jaloux qui tient à exclure toute autre pré­sence, alliée ou adver­saire, notam­ment euro­péenne.